MOBY-DICK, d’après l’œuvre de Herman Melville. Création à l’automne 2026, avec René Georges (Ismaël) et Kris Dane (musique). Regard complice : Jean-Michel Frère.
19-03-2026
Nous sommes la veille de Noël 1841. Une île basse, au large de la Nouvelle-Angleterre.
Nantucket.
Un morceau de terre et d’os blanchi
posé sur l’Atlantique.
Le dernier rivage avant l’inconnu. Le port fumait dans l’air glacé.
Il y eut un navire. Le Pequod. Un navire de pêche, comme il en part tant des ports du monde. Avec des hommes. Des mains tannées par le sel. Des voix. Des vies ordinaires. Et puis — un homme. Achab. Et un serment.
Et à partir de ce jour, quelque chose commença à rôder.
Dans le roman de Herman Melville, Moby Dick apparaît peu. Et pourtant, elle est partout. Elle circule dans les regards. Elle altère les silences. Elle transforme les gestes. Elle agit à distance. Avant même d’être vue, elle est déjà là.
Elle use les hommes. Elle les attire. Elle les attend. Sa blancheur n’est pas seulement une couleur. Elle est une énigme.
Une présence qui ne répond pas.
Melville n’écrit pas seulement une chasse. Il écrit la progression d’une obsession. Un homme voit Moby Dick. Puis tous la portent en eux. Et le navire lui-même cesse d’être un navire. Il devient l’instrument d’une idée. Dans cette adaptation, Moby Dick n’est pas seulement un événement. Elle est une force. Elle rode dans le son. Dans le silence. Dans les respirations. Et lorsqu’elle apparaît enfin, ce n’est pas une surprise. C’est un accomplissement.
Moby-Dick raconte une communauté qui se défait sous l’emprise d’une obsession. C’est une histoire ancienne. Et pourtant, profondément actuelle.
Que faisons-nous, ensemble ? Qu’est-ce qui nous relie ? Qu’est-ce qui nous entraîne vers la rupture ?
Le théâtre devient alors un espace pour regarder cela. Pour le traverser. Pour le partager.
L'adaptation
Adapter Moby-Dick, ce n’est pas raconter une histoire. C’est entrer dans une mer. C’est accepter de se perdre, de dériver, de chercher une forme qui résiste à la capture. Un théâtre de la présence, du souffle et de l’imaginaire. Ici, le récit est un acte. Il ne décrit pas — il agit. Et dans cet espace presque vide, quelque chose se met à vibrer.
Notre adaptation de Moby-Dick s’inscrit dans une filiation théâtrale allant de Orson Welles à Jerzy Grotowski et Peter Brook : un théâtre de l’essentiel, où, comme dans The Empty Space, un espace vide suffit pour que surgisse le théâtre, porté par la présence, la force du récit et l’imaginaire du spectateur. Nourri par une langue incarnée, simple et sans fioritures, qui trouve ses propres chemins, parfois en écho lointain à Valère Novarina ou de Haruki Murakami.
Le dispositif
Une forme légère, autonome et nomade, conçue pour se jouer partout et aller à la rencontre des publics.
L’écoute comme expérience et sensation, le récit comme transmission
Cette traversée constitue sans doute l’un des enjeux les plus contemporains de l’adaptation. Plus de cent soixante-dix ans après sa publication, Moby-Dick demeure une œuvre qui interroge notre rapport à l’inconnu, à l’obsession, au désir de maîtrise et aux forces qui nous dépassent. Le théâtre offre un espace particulièrement fécond pour faire résonner ces questions aujourd’hui, précisément parce qu’il permet de placer l’écoute, la présence et l’imaginaire au cœur de l’expérience du spectateur.
Dans un monde saturé d’images, le projet choisit de redonner toute sa place à ce qui échappe à la représentation. Plutôt que de chercher à montrer la mer, le navire ou la baleine blanche, le spectacle privilégie la suggestion. Là où l’image impose une forme, la parole ouvre un espace intérieur. Chaque spectateur et spectatrice est ainsi invité·e à construire sa propre mer, son propre Pequod, sa propre baleine blanche.
Le dispositif scénique permet également de retrouver quelque chose de l’expérience originelle du récit : celle d’une parole transmise, d’une histoire racontée de voix à oreille. À travers Ismaël, c’est moins le récit d’une chasse que celui d’une tentative de compréhension qui se déploie. Pourquoi partir ? Pourquoi poursuivre ? Pourquoi continuer malgré les signes annonciateurs de la catastrophe ? Ces questions traversent le roman de Melville comme elles traversent encore notre époque.
En faisant dialoguer interprétation, création musicale et travail sonore, le projet cherche ainsi à faire entendre non seulement l’aventure du Pequod, mais aussi ce qui subsiste après le naufrage : la mémoire, le récit et la nécessité de transmettre. Car si Moby Dick demeure insaisissable, il reste toujours la voix d’Ismaël pour tenter, encore une fois, d’en raconter l’histoire.
Au-delà de son inscription dans le patrimoine littéraire mondial, Moby-Dick est aussi un récit profondément humain. Derrière la chasse à la baleine blanche se dessinent des questions qui traversent les époques : la fascination pour certaines figures de pouvoir, la capacité des groupes à se laisser entraîner par une vision unique du monde, la difficulté à résister à une obsession collective, mais aussi la nécessité de préserver le doute, l’écoute et la solidarité.
La forme théâtrale permet d’aborder ces questions sans les enfermer dans un discours démonstratif. Elle offre un espace de résonance où chaque spectateur·rice peut établir ses propres liens avec le récit. Les enjeux du voyage du Pequod ne sont jamais énoncés comme des leçons ; ils émergent progressivement à travers les voix, la musique, les silences et les expériences vécues par les personnages.
Dans cette perspective, le spectacle devient également un lieu de partage. L’expérience de l’écoute, vécue collectivement dans un même espace et un même temps, crée une communauté éphémère autour du récit. Chacun construit ses propres images mentales, mais tous traversent ensemble la même histoire. Cette dimension collective de l’écoute rejoint la tradition orale dont est issu le roman de Melville : celle des histoires racontées, transmises et réinventées de génération en génération.
Ainsi, cette adaptation théâtrale de Moby-Dick entend faire dialoguer mémoire individuelle et imaginaire collectif, héritage littéraire et création contemporaine, afin d’offrir une expérience sensible, immersive et profondément humaine, où la scène devient avant tout un espace d’écoute, de présence et de transmission.
Distribution
Adaptation scénique d’après Moby Dick de Herman Melville
par René Georges
Musique originale et création sonore
Kris Dane
Interprétation
René Georges (Ismaël)
Kris Dane (musicien)
Regard complice
Jean-Michel Frère
Relecture, conseils
Carol Gilet, Fabienne Minguet
Une production de
XK Theater Group et Découvrez-vous ¡ ASBL, en coproduction avec la Compagnie Victor B
Création – automne 2026
SAM 28 (20h) et DIM 29 NOV (16h), dans un lieu secret à proximité de Profondeville, révélé la veille.
Réservation obligatoire (places limitées) : Tél. : +32 (0)488 285 024
À partir de 9 ans
Durée : 1h30
Contact : production@decouvrez-vous.be
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